Lectures estivales
Envoyé par:
Valérie de Paris (Adresse IP journalisée)
Date: ven 23 juillet 2010 13:03:19
A y est ! J'ai fini "Les Bienveillantes" ! 900 pages ! *applaudissements de l'assemblée*
Bon ... tant d'esprits éclairés ont déjà écrit sur cette somme qu'il me paraît difficile d'ajouter mon grain de sel. L'histoire : celle d'un officier SS - Maximilien Aue - jusqu'à la chute de Berlin. Ses missions le portent davantage à l'est : invasion de l'Ukraine, du Caucase, Stalingrad. Il est ensuite chargé d'optimiser, à la demande de Heinrich Himmler et d'Albert Speer - la force de travail des détenus des camps de concentration : aboutir à moins de mortalité pour faire tourner les usines à plein régime. Les besoins de l'industrie, privée d'hommes (au combat), sont capitaux pour l'Allemagne acculée de toutes parts. Après, c'est la campagne de Hongrie, les marches de la mort, le retour à Berlin et sa chute. Egarées parmi ces événements politiques, quelques pages sur la vie intime de Maximilien Aue. Son enfance, ses parents, sa soeur jumelle, aimée jusqu'à la folie, l'emprise de cet amour qui relève davantage de la névrose et de l'enfermement, son incapacité à dépasser ses frustrations, à aimer, à même regarder l'autre, à en tenir compte, sa sexualité insatisfaite, ses rêves érotiques, ses fantasmes, son hypocondrie aussi. Au-delà de l'histoire, le lecteur - halluciné - plonge dans l'âme de Maximilien Aue. J'ai beaucoup aimé cette exploration dure, crue, cinglante de l'inconscient.
La lecture est difficile : beaucoup de mots allemands (notamment tous les grades) qui ne sont, de la volonté même de l'auteur, pas traduits. Ils participent d'une musique du texte : une raideur, une sensation d'étouffement qui plongent le lecteur, quasi physiquement, parce que la respiration devient difficile, dans l'atmosphère de Maximilien Aue. Il faut vite abandonner l'idée de toujours regarder, en fin d'ouvrage, la traduction des grades, des institutions (on perd un temps fou, on oublie au fur et à mesure et, au final, ce n'est pas essentiel).
Sur le fond, le premier tiers du livre est très éprouvant parce que Maximilien Aue est témoin (voire participe) aux actions des einsatzgruppen. Les massacres s'enchaînent, les morts peuplent les pages, jusqu'à la nausée. Il y a presque une folie - une épouvante doublée de fascination hypnotique - dans la lecture à ce moment-là. Et je pense, pour le lecteur, le choix de continuer ou de ne pas continuer à lire. J'avais abandonné à la sortie de l'ouvrage. J'ai poursuivi cette fois.
Le passage sur Stalingrad est dur, étouffant. On lit petit bout par petit bout. La réalité de la guerre, de l'effroi, de la mort use les nerfs.
Passé ce cap, le livre semble moins difficile, insupportable car Maximilien Aue n'est plus au contact direct du conflit armé. A Berlin, affecté à des tâches intellectuelles, le lecteur est pris dans le carcan politique, les luttes intestines, le cadre administratif. Il y a comme un détachement ... assez sinistre du reste ... car le personnage travaille sur les camps de concentration. Mais, là encore, la technique littéraire renvoie à des questionnements essentiels : comment, en travaillant, fonctionnaire d'une administration, à écrire des rapports, à intellectualiser des données, des événements, on finit - et le lecteur avec - par perdre contact avec la réalité sur laquelle on réfléchit. Très étonnante cette aptitude de Jonathan Littell à toujours, mine de rien, jouer de la forme pour éclairer le fond.
Je suis incapable de dire si j'ai aimé ou n'ai pas aimé le livre. C'est un bloc qui se prend de front et qui vous fait témoin du parcours d'un militaire au combat doublé d'un criminel de guerre - Maximilien Aue n'est même pas un antisémite militant, il ne cautionne pas davantage tous les actes de violence et tous les massacres - et qui renvoie le lecteur à sa propre humanité, à ses propres lâchetés, à son propre inconscient. Implacable et dérangeant.
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Sur ce, j'ai enchaîné avec "L'adversaire" d'Emmanuel Carrère. Un récit consacré à l'affaire Romand : cet homme qui avait fait croire à toute sa famille, à ses amis, pendant 18 ans, qu'il était médecin et chercheur à l'OMS et qui, acculé par ses mensonges, finit par assassiner son père, sa mère, sa femme et ses deux enfants. Trop factuel. Un peu bâclé. Dommage, il y aurait eu - je pense - beaucoup à dire et à réfléchir sur le vide de cette vie d'homme. Carrère en avait la carrure. Mais il ne fait pas face au sujet. Il tournicote autour des faits, sans véritablement traverser le miroir.
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Toujours sous l'emprise des "Bienveillantes", j'ai attaqué "Une femme à Berlin" : le témoignage d'une jeune berlinoise sur sa vie quotidienne entre le mois d'avril et de juin 1945 : l'angoisse de l'arrivée des troupes soviétiques, les bombardements, la vie dans les caves, le ravitaillement, le chaos et le cauchemar - surtout pour les femmes devenues des proies - que constitue l'arrivée des russes. La façon dont les allemands parlent alors - avec un vif ressentiment - de Hitler et des nazis est presque étrange.
Voili, voilà.
Valérie
4 modifications. Plus récente: 23/07/10 14:15 par Valérie de Paris.